Réforme sur le clonage des animaux : Ottawa a agi sans consulter Québec
Le gouvernement Legault exhorte le fédéral à revoir le projet, « il en va de la confiance des consommateurs ».

La réforme prévoit d'autoriser la mise en marché de viande de porc et de bœuf issue du clonage sans évaluation des risques. (Photo d'archives)
Photo : Thananit
Prenez note que cet article publié en 2024 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.
Le ministre de l'Agriculture du Québec, le Bloc québécois et l'Union des producteurs agricoles demandent à Santé Canada de suspendre sa réforme sur le clonage des animaux, qui s'est faite sans les consulter. Ottawa veut retirer l'obligation de déclarer et d'évaluer les risques posés par la viande issue du clonage de bœufs et de porcs.
On s’attend à ce que le gouvernement fédéral consulte le Québec ainsi que les partenaires sur un sujet aussi important
, écrit à Radio-Canada le cabinet du ministre de l'Agriculture du Québec, André Lamontagne. Il en va de la confiance des consommateurs.
On souhaite que Santé Canada puisse revoir son plan de travail afin de considérer tous les acteurs dans son processus.
Le porte-parole du Bloc québécois en matière d'agriculture, Yves Perron, n'en revient pas qu'Ottawa procède, encore une fois, dans la plus grande discrétion pour annoncer des changements majeurs
.
L'été dernier, c'est le retrait de l'obligation de déclarer de nouvelles formes d'organismes génétiquement modifiés (OGM), à la demande de l'industrie, qui avait fait polémique.
Comment on peut déréglementer le contrôle de clonage d'animaux sans consulter les producteurs agricoles? Sérieusement! Ça fait république de bananes.

Le Conseil de la transformation alimentaire du Québec a appris l'existence du projet de réforme mercredi, un mois après la fin de la consultation publique. La Fédération canadienne de l'agriculture en a quant à elle été informée jeudi par le Bloc québécois.
Yves Perron s'inquiète au sujet de la traçabilité des aliments et de l'exportation dans des pays qui interdisent le clonage d'animaux d'élevage, comme ceux de l'Union européenne. Pour qui on travaille? Pourquoi on fait ça ?
demande-t-il. Radio-Canada a posé la question à Santé Canada pour connaître l'origine de cette réforme, mais la réponse se fait attendre.

Avec cette réforme, un consommateur canadien ne pourra pas savoir si la viande de bœuf qu'il achète est issue d'un clonage. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Dennis Kovtun/CBC
Ottawa assure que les aliments issus d'animaux clonés sont tout aussi sains et sécuritaires que les aliments traditionnels. Le clonage permet de diffuser le patrimoine génétique d'animaux plus robustes.
Des études soulèvent toutefois des préoccupations sur la santé des animaux clonés, ne serait-ce que d'un point de vue éthique.
Producteurs et consommateurs perplexes
Au marché Atwater, le gérant de la boucherie Saint-Vincent, Danny Desforges-Dodge, s'interroge : Rendu là, c'est une copie. On ne sait plus ce que c'est… C'est chimique, c'est scientifique.
Le boucher se fait une fierté d'offrir des viandes certifiées biologiques et il anticipe les questions de ses clients.
On sent qu'on va se faire poser encore plus de questions et ça risque d'être compliqué, franchement.
Je ne suis pas certaine, à moins qu'on me montre que c'est vraiment bon et avec des prix aussi intéressants
, réagit une clientèle de la boucherie.
C'est certain qu'on n'arrête pas le progrès, ça c'est sûr. Mais personnellement, j'aime mieux la nature
, dit une autre cliente.
À la ferme Brovin, de Saint-Hyacinthe, où on élève des veaux, la copropriétaire Caroline Brodeur se dit ni pour ni contre
. Ce qui importe, selon elle, c'est le bien-être animal, la façon dont l'animal va être nourri
.
Cette éleveuse n'envisage pas le clonage de sitôt, mais elle admet que cette façon de faire peut donner plus d'options aux consommateurs.
Peut-être que ça va ouvrir la porte à une nouvelle niche de viande plus abordable
, croit son conjoint, Vincent Deslauriers. À ce moment-là, ce sera au consommateur de déterminer.
Avec la collaboration de Kim Vermette et de Gabrielle Proulx

