En juillet 1979, le Front sandiniste de libération nationale a pris le pouvoir à Managua. Cette coalition aspirait à transformer le Nicaragua, un petit pays d’Amérique latine gangréné par la corruption et dirigé d’une main de fer par le régime Somoza. Une guerre civile s’est alors déclenchée. L’historienne Mylène Desautels explique ce long conflit qui s’est joué sur différents plans.
Colonisé par les Espagnols, le Nicaragua a obtenu son indépendance en 1838. Une petite élite disposant de larges plantations a pris le contrôle du pays. Dès le début du 19e siècle, les Américains s’y sont implantés pour exporter le café et les fruits du pays. « Les richesses sont siphonnées, d’abord au profit de l’élite locale, mais aussi des Américains vers le nord. La population, dans une vaste majorité, est dans une pauvreté importante », explique Mylène Desautels.
La famille Somoza est arrivée au pouvoir en 1936, après l’occupation militaire américaine. Anastasio Somoza était le dirigeant de la garde nationale, formée par les Américains. Il a réprimé violemment les contestations. En réaction, plusieurs groupes d’opposants se sont formés dès les années 1960. Le Front sandiniste de libération nationale a fédéré ces opposants.

L’opposition s’est renforcée durant les années 1970. Après le tremblement de terre de 1972 à Managua, le clan Somoza a détourné l’aide internationale, ce qui a ravivé l’opposition politique. Autre point décisif : l’assassinat du journaliste Pedro Joaquin Chamorro, qui critiquait la brutalité du régime. Enfin, le journaliste américain Bill Stewart, du réseau ABC, a été assassiné en 1979, ce qui a causé l’indignation aux États-Unis. « Les Américains n’ont pas le choix de lâcher Somoza », souligne Mylène Desautels. Le 17 juillet 1979, Somoza et son clan ont pris la fuite aux États-Unis.
Des espoirs déçus
Le 20 juillet 1979, une junte dirigée par Daniel Ortega a pris le pouvoir. Le Front de libération sandiniste a adopté des politiques marxistes. Washington s’est alors mis à financer l’opposition des contras. De 1981 à 1988, la guerre civile a causé près de 30 000 morts. À la fin du conflit, des négociations ont été lancées entre les sandinistes et les contras. Les Américains s’en sont désengagés, car la guerre froide se terminait.
Au cours de cette émission, Mylène Desautels raconte également comment l’Église a joué un rôle dans la révolution sandiniste, pourquoi le Nicaragua a été un point chaud de la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS, et comment Daniel Ortega, revenu au pouvoir en 2006, s’y accroche.
